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REFLEXION ET PARTAGE

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Des écrits sur mes reflexions du moment: histoire, philosophie, théologie, mes escapades, mais aussi des textes sur la nouvelle langue française


ET SI LE VANDALISME ETAIT UN MAL FRANÇAIS ?

Publié par REFLEXIONS ET PARTAGE sur 30 Novembre 2020, 10:18am

Catégories : #NOUVELLE LANGUE FRANCAISE

ET SI LE VANDALISME ETAIT UN MAL FRANÇAIS ?

ET SI LE VANDALISME ETAIT UN MAL FRANÇAIS ?

Et si le vandalisme était un mal français ? Dans deux lettres qu’il a adressées du lazaret de Toulon le 26 décembre 1829, où il était retenu en quarantaine, au Baron de la Bouillerie, Intendant général de la Maison du Roi Charles X, et au Vicomte de La Rochefoucauld, directeur du département des Beaux-Arts de la Maison du Roi, Champollion  rend compte des résultats de la mission scientifique et archéologique en Egypte de juillet 1828 à décembre 1829 : « Sous le rapport des recherches scientifiques qui en étaient l’objet principal, mes espérances ont été pour ainsi dire surpassées : la richesse de mes portefeuilles ne laisse rien à désirer (…) ».

Champollion, alors que son bateau avait fait escale à Thèbes, où il est resté six mois, s’est livré à ce que l’on qualifierait aujourd’hui de vandalisme ou de pillage : « C’était un devoir pour moi d’enrichir la division égyptienne du Musée Royal de divers genres de monuments qui lui manquent et de ceux qui peuvent compléter les belles séries qu’il renferme déjà (…). J’ai fait scier à grand peine et tirer, du fond d’une des catacombes royales de Thèbes, un très grand bas-relief conservant encore presque toute sa peinture antique. Ce superbe morceau (...) pourra seul donner une juste idée de la somptuosité et de la magnificence des sépultures pharaoniques ».

Quatre jours plus tard, dans une lettre à son ami Dubois, il parle de cet acte en des termes qui prouvent qu’il avait conscience de profaner un patrimoine : « J’ai osé, dans l’intérêt de l’art, porter une scie profane dans le plus frais de tous les tombeaux royaux de Thèbes.

J’ai détaché de la muraille, avec assez de bonheur, ce fameux bas-relief... ». Or, dans le même temps, Champollion a soumis au maître de l’Egypte d’alors, Mehmet Ali, un programme de protection du patrimoine (« note remise au vice-roi pour la conservation des monuments de l’Egypte », datée de novembre 1829). Dans cette note, il propose des mesures : « Dans ce but désirable, Son Altesse pourrait ordonner ... 

1-   Qu’on n’enlevât, sous aucun prétexte, aucune pierre ou brique, soit ornée de sculptures, soit non sculptée, dans les constructions et monuments antiques existant encore dans les lieux suivants » (suit une énumération de quarante-trois lieux visités par Champollion)  

2-    Les monuments antiques creusés et taillés dans les montagnes sont tout aussi importants à conserver que ceux qui sont construits en pierres tirées de ces mêmes montagnes ». Bien que Champollion soit conservateur des salles égyptiennes du Musée Royal de Paris (le Louvre), il ne suggère pas à Mehemet Ali de créer une administration qui aurait pour but de conserver ces monuments ou de créer un musée. Il faudra attendre plusieurs décennies, 1857 exactement, pour que l’égyptologue Mariette fonde au Caire le Musée des Antiquités égyptiennes. La logique patrimoniale n’apparaît pas non plus dans la note.

3-   Certes, il y est question de conserver, mais pour qui et pourquoi faut-il conserver ces monuments ? La réponse de Champollion est sans ambiguïté. Il faut les conserver pour la science et pour les Européens : « le séjour prolongé (des voyageurs visitant ces monuments) tourne à la fois au profit de la science qu’ils enrichissent de leurs observations et à celui du pays lui-même, par leurs dépenses personnelles, soit pour les travaux qu’ils font exécuter, soit pour satisfaire leur active curiosité, soit même pour l’acquisition de divers produits de l’art antique ». Champollion a le désir naturel de faire avancer la science qu’il a fondée en déchiffrant les hiéroglyphes. Or cette science a besoin de documents, de faits, de réalités : « L’intérêt bien entendu de la science exige non que les fouilles soient interrompues, puisque la science acquiert chaque jour, par ces travaux, de nouvelles certitudes et des lumières inespérées, mais qu’on soumette les fouilles à un règlement tel que la conservation des monuments découverts aujourd’hui et à l’avenir soit pleinement assurée et bien garantie contre les atteintes de l’ignorance et d’une aveugle cupidité ». A son ami Mimaut, nommé en 1829 consul à Alexandrie, il conseille, bien que cet ami ne soit qu’un amateur, de demander au Pacha un permis de fouiller et de s’adonner moins à une activité scientifique qu’au plaisir de constituer une collection d’objets rares et précieux à moindre coût.

Les objectifs de Champollion apparaissent quand il évoque le bénéfice politique que Mehmet Ali retirera de l’adoption de ces mesures : « L’Europe entière sera reconnaissante des mesures actives que Sa Majesté voudra bien prendre pour assurer la conservation des temples, des palais, des tombeaux ».

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