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REFLEXION ET PARTAGE

REFLEXION ET PARTAGE

Des écrits sur mes reflexions du moment: histoire, philosophie, théologie, mes escapades, mais aussi des textes sur la nouvelle langue française


NOMENCLATURE SELON NODIER

Publié par REFLEXIONS ET PARTAGE sur 28 Février 2017, 21:45pm

Catégories : #NOUVELLE LANGUE FRANCAISE

NOMENCLATURE SELON NODIER

Nomenclature

En fait, l’ire de Nodier s’accroît à mesure qu’il avance dans l’analyse des quatre faits de langue, solécisme, barbarisme, emprunt, nomenclature, qu’il classe dans un ordre tératologique croissant, du plus anodin (solécisme) à celui qui suscite en lui la plus forte indignation : la nomenclature. « Mais toutes ces parodies insensées de la langue humaine (id estsolécisme, barbarisme, emprunt) ne sont rien, encore une fois, auprès de la langue babélique des sciences, qui a tout subverti, tout changé ; qui a pris l’exact contre-pied du procédé d’Adam, pour imposer aux êtres des noms qui ne sont pas leurs noms véritables, et qui a si parfaitement réussi dans ce dessein que l’être est devenu méconnaissable, du moment où elle l’a baptisé.

Nous en sommes à ce point qu’il ne reste pas une existence sensible, pas un phénomène du ciel et de la terre qui ne soit à jamais déguisé sous un sobriquet impénétrable pour quiconque répugne à ramasser dans la poussière de l’école la clé de ce mystérieux argot. Ce qui nous avait été donné, c’était la puissance d’attacher aux choses des noms propres expressifs, que tout le monde adoptait sans résistance et retenait sans effort. C’était la faculté d’étendre ces dénominations à des sens abstraits ou moraux, en figurant le mot sous l’inspiration de quelque ingénieux rapprochement qui se formait dans la pensée, et c’est ainsi qu’il parvenait intelligible à tous, parce que tous l’auraient conçu de la même manière […].

Aujourd’hui, ce n’est plus tout cela ; c’est ce que Boileau n’entendrait pas, et ce que nous, nous n’entendons guère ; le fluide électrique, le gaz hydrogène, qui se combine avec l’oxygène par la combustion ; un immense amas d’eau saturée d’hydrochlorate de soude, et peut-être d’autre chose, si la nomenclature a changé ; un air vibrant qui se heurte et se réfléchit. Que parliez-vous des dieux ? Les dieux sont partis du langage comme de la Rome de Constance et de Galère, mais les savants ne partiront pas, ils n’ont garde ».

De cela, il conclut à l’existence parallèle souhaitable de deux langues (en fait, de deux vocabulaires) : « Les savants conserveront (…) les mots qu’ils ont faits sans nécessité, qu’ils modifient sans règles, qu’ils renouvellent sans motif, et leur Dictionnaire sera dix fois plus volumineux que le nôtre, mais nous ne leur envierons point ses richesses (…) ; qu’ils ne mêlent plus leurs langues aux langues que Dieu nous a données. Hors de cette limite, la science est la plus vaine et la plus absurde des aristocraties ».

Or, c’est bien à cette coexistence des vocabulaires que l’on assiste, sans que cela soulève de vraies difficultés et altère en quoi que ce soit la langue française.

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