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REFLEXION ET PARTAGE

REFLEXION ET PARTAGE

Des écrits sur mes reflexions du moment: histoire, philosophie, théologie, mes escapades, mais aussi des textes sur la nouvelle langue française


EMPRUNTS SELON NODIER

Publié par REFLEXIONS ET PARTAGE sur 2 Mars 2017, 22:12pm

Catégories : #NOUVELLE LANGUE FRANCAISE

EMPRUNTS SELON NODIER

Emprunts

            Dans le Trésor de la langue française (1971-94), le phénomène linguistique, dit emprunt, est défini ainsi : « fait pour une langue d’incorporer une unité linguistique, en particulier un mot, d’une autre langue ;par métonymie, l’unité de langue incorporée ». On le sait sans doute, le français est une langue romane, dite parfois latine ou néo latine, au sens où de nombreux mots français sont empruntés directement au latin, comme le rappelle Rémy de Gourmont (Esthétique de la langue française, 1899, p. 22) : « les mots les plus servilement latins sont les moins illégitimes parmi les intrus du dictionnaire. Il était naturel que le français empruntât au latin, dont il est le fils, les ressources dont il se jugeait dépourvu et, d’autre part, quelques-uns de ces emprunts sont si anciens qu’il serait fort ridicule de les vouloir réprouver. Il y a des mots savants dans la chanson de Roland ».

C’est pour cette raison que les linguistes prennent le soin de distinguer l’emprunt de l’héritage : « par exemple (...) le mot table est issu du latin tabula : on ne peut pas dire qu’il y ait emprunt au latin ; il s’agit d’une évolution normale de la langue, le terme employé est un héritage. Par contre, à des époques diverses, certains mots, surtout des mots savants, ont été empruntés au latin et refaits sur le modèle morphologique français (...) : nullité = emprunt du latin médiéval nullitas (1973) ».

Pour ce qui est de la définition de l’emprunt, Nodier semble hésiter, dans un premier temps du moins, entre « une manière de renouveler une langue » ou « plutôt (une manière) de composer une langue nouvelle qui n’aura presque aucun rapport avec l’autre ». L’emprunt se résume en « la naturalisation des mots exotiques, et surtout de ceux qui n’ont point d’analogues nationaux ». Pour illustrer ce phénomène, il cite l’exemple de petit-maître (« franc et naïf gallicisme dont on se servait pour désigner un homme soumis à l’empire de la mode, avantageux auprès des femmes, et un peu trop prévenu en faveur de son mérite ») qui est tombé en désuétude pendant la Révolution et qui a été remplacé par des mots anglais : fashionable (« en revanche, nous avons gagné le fashionable, c’est-à-dire l’homme qui suit lafashion, néologisme-énigme dont le moindre inconvénient est de reposer sur une articulation inarticulable d’ici à Douvres ou à Brighton ») et dandy, lequel s’est rapidement acclimaté en français, puisque, de ce mot, ont été dérivés, en suivant les règles de la morphologie du français, de nouveaux mots, bien français : « nous avons le dandy, qui vient de nous donner le dandysme, lequel nous donnera dandyserquand on voudra, comme fanatisme, fanatiser, dans la langue révolutionnaire.

Je crois, Dieu me pardonne, que nous avons déjà de la littérature dandyque oudandystique, et des poètes, d’ailleurs pleins de grâce et d’esprit, qui  composent dandyquement oudandystiquement, je ne saurais dire lequel, parce que je suis peu versé dans ces mystères. Nous sommes tout au plus en mesure pour protester à temps contredandyfierdandyfication et dandystification, qui seraient moins bons, à mon avis, mais qui viendront nécessairement leur tour ».

Le phénomène touche le vocabulaire, dans des proportions très importantes, et le vocabulaire de la quasi-totalité des langues du monde. Seules les langues, dites « mortes », n’empruntent plus rien. L’emprunt peut être jugé en termes positifs et être tenu, comme chez de nombreux linguistes, grammairiens, essayistes, pour un « enrichissement », non pas de la langue, mais du seul lexique. Dans sa réflexion, Nodier saute toute une série d’étapes pour en conclure à la formation de nouvelles langues : « cet exemple, pris entre cent, n’est ici que pour faire voir la manière dont les langues nouvelles se forment, en pliant le mot étranger ou barbare aux modes et aux flexions de la vieille langue qui s’en va ».

Il est vrai que le pessimisme historique qui l’anime et qui est une idéologie parmi d’autres, pas plus, ni moins, honorable que d’autres le pousse à sauter directement du fait observé, rapidement interprété, à la conclusion conforme à ses propres présupposés historiques : « Cette horrible révolution (l’emprunt) ne s’était jamais accomplie jusqu’ici qu’à des époques de décadence où tout menace de finir à la fois. Nous sommes heureux de pouvoir la saisir sur le fait dans nos jours de progrès et de perfectionnement ».

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