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REFLEXION ET PARTAGE

REFLEXION ET PARTAGE

Des écrits sur mes reflexions du moment: histoire, philosophie, théologie, mes escapades, mais aussi des textes sur la nouvelle langue française


EVANGILE DE LUC LECON N2 : Quelques grandes routes maîtresses dans son œuvre.

Publié par REFLEXIONS ET PARTAGE sur 13 Novembre 2019, 21:57pm

Catégories : #THEOLOGIE

EVANGILE DE LUC LECON N2 : Quelques grandes routes maîtresses dans son œuvre.

II.- quelques grandes routes maîtresses dans son œuvre.

Quatre routes principales :

1/ La route de la bienveillance et de la miséricorde du Christ.

2/ La route de l’essentiel.

3/ La route de la prière.

4/ La route de l’Esprit Saint.

1/ La route de la bienveillance et de la miséricorde du Christ.

En un mot, la route de sa tendresse, « sa miséricorde inépuisable » (2° prière eucharistique). Quelques faits soulignant bien cet aspect du visage de Jésus chez Luc :

a) Les trois grandes paraboles de la miséricorde sans limite (chap. 15). Elles ont été groupées par l’évangéliste pour former un faisceau de lumière plus fort, plus intense :

-la parabole de la brebis perdue : une seule brebis a un prix infini aux yeux du Christ ;

-la parabole de la drachme : une drachme (c’est-à-dire un rien, un centime) a grande valeur pour Jésus... le moindre être humain est ‘recherché’ par le Christ ;

-la parabole de l’enfant prodigue qui souligne un amour « sans mesure ». Le Père ne sait que faire pour son fils : « Il courut, il se jeta à son cou, il le couvrit de baisers, il fait préparer un grand repas » (15, 20-32). Il y a grande fête dans le cœur de Dieu.

Les trois paraboles de la miséricorde deviennent trois paraboles de la joie, une joie croissante :

  • joie de retrouver une brebis (une sur cent) ;
  • joie de retrouver le nécessaire pour une drachme (une sur dix) ;
  • joie de retrouver un fils perdu (un sur deux) ;

(Lc 15, 7, 10, 24).

  1.   Les gestes de pardon, miséricorde de Jésus :

                    La pécheresse pardonnée (7, 36-50) ;

                    Zachée (19, 1-10) ;

                    Le bon larron (23, 39-43) ;

                    Les bourreaux du Christ (23, 34) ;

               C’est l’évangile des « grands pardons ».

  1.   Les gestes d’attention à toutes les misères humaines :
  • envers les publicains (voleurs) : « Il mangeait avec les publicains » (15, 2)
  • envers les femmes perdues : la pécheresse (7, 36-44) ; Marie-Madeleine (8, 2)
  • envers les Samaritains détestés de tous (cf. Si 50, 25-26) : parabole du bon Samaritain (10, 29-37).

Un mot très ‘lucanien’ résume bien cette miséricorde : « le Christ est sauveur », « Il vous est né un sauveur » (quinze fois dans saint Luc). Sauveur : un trait caractéristique de la carte d’identité de Jésus d’après saint Luc.

2/ La route de l’essentiel.

L’essentiel, c’est le Christ tout livré à son Père et aux hommes. Le mot ‘livré’ est de saint Paul, maître de Luc, « il s’est livré pour moi » (Ga 2, 20), mais le troisième évangéliste va sans arrêt mettre en relief cette ‘livraison’ du Christ, ce renoncement à l’accessoire, cette recherche de ce qui est important. Il va l’exprimer par le mot « haïr » (14, 26), et par un autre mot très suggestif : « prendre sa croix » (14, 27).

Luc est très concentré sur le détachement vis-à-vis de tout et surtout les richesses. Ce radicalisme est un des points lumineux de son œuvre, une des clefs de son évangile. Cette préférence est bien soulignée par ces mots évangéliques : « quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple » (14, 33).

3/ La route de la prière.

On est étonné de voir Luc porter tant d’intérêt à la prière. La prière ouvre l’évangile (1, 10) et le ferme (24, 53). Tout se termine par cette prière au Temple.

*Dans Luc, la prière est omniprésente. Tout est rendu possible par la prière. La prière est au cœur de tout l’évangile car c’est elle qui assure cette communion intime avec Dieu. Et Dieu est le maître de l’impossible : voilà le point central de l’évangile.

*Dans Luc, Jésus donne l’exemple de la prière. Il ne fait rien sans prier et nous entraîne. Luc aime à le montrer ainsi. Quelques lumières sur cette prière de Jésus :

  1.   Au début de son ministère : le baptême (3, 21) ; prière pour ouvrir les cieux et accueillir le Saint Esprit. Tout cela pour nous dire que sans l’Esprit : force, lumière et amour, rien ne se passera ou presque rien. « Les cieux doivent s’ouvrir » (3, 21) ;
  2.   En plein ministère (5, 13-16). Jésus prendra son temps avec Dieu son Père. « Sa réputation se propageait de plus en plus ; des foules nombreuses se réunissaient pour l’entendre et se faire guérir. Mais lui se tenait retiré dans les endroits déserts pour y prier » (4, 14 ; 5, 15-16) ;
  3.   Lors du choix des apôtres (6, 12) : passa la nuit en prière pour un choix important ;
  4.   Avant la profession de Pierre, moment clef (9, 18-21) ;
  5.   Au moment de se transfigurer devant les siens, les trois, pour se faire découvrir (9, 28) ;
  6.    Avant le « Pater », la grande prière sur le monde (11, 1) ;
  7.   Avant d’affronter la puissance de la mort et l’agonie (22, 39-47).

Cinquante fois, le mot ‘prière’ revient sous sa plume.

* Quelques traits du visage de cette prière :

Premier aspect : prière insistante, persévérante, importune. Les importuns de la prière sont bien mis en lumière par Luc. On en est presque ‘choqué’. Exemple : en 11, 5-16, excellente parabole : « Je vous le dis, il se lèvera à cause de son impudence et il lui donnera tout ce dont il a besoin » (11, 8). Et cette importunité est bien soulignée par les deux comparaisons du serpent et du scorpion, du poisson et de l’œuf (11, 9) : huit ‘formules-médailles’ bien mises en valeur par l’évangéliste à la fin de cette énumération : « Combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le prient » (11, 13).

Deuxième aspect : c’est une prière humble (18, 9-14) : le pharisien et le publicain. « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. »  Prier : c’était bien le but de leur démarche...

  • Or l’un, debout, priait ainsi avec suffisance et ostentation,
  • Mais l’autre se tenait éloigné, n’osant même pas lever les yeux.

Troisième aspect : c’est une prière de louange et d’action de grâce. C’est l’un des points forts de la prière de Jésus en saint Luc qui se montre ici très paulinien. Cette prière de louange et d’action de grâces court partout dans le troisième évangile. C’est un des fils d’or de cet évangile. Luc nous y entraîne car cette prière-là nous fait sortir de notre ‘moi’ pour regarder l’Autre qui nous fait don de tant de dons, et même de lui-même. écoutons quelques-unes de ces notes musicales de louange :

  • naissance de Jésus : « Il y eut une troupe céleste nombreuse qui louait Dieu » (2, 13). C’est le merci du monde angélique ; « les bergers qui glorifient et louent Dieu » (2, 20) ;
  • le paralysé guéri loue Dieu (5, 25-26) ;
  • le fils de la veuve de Naïm  (7, 16) ;
  • le retour des disciples (10, 21) ;
  • le lépreux guéri (17, 15) ;
  • l’aveugle de Jéricho : il suivait Jésus « en glorifiant Dieu, et tout le peuple, voyant cela, célébra les louanges de Dieu » (18, 43) ;
  • le triomphe de Jésus : les Rameaux (19, 37-38) : « Toute la multitude des disciples, dans la joie, se mit à louer Dieu d’une voix forte : ‘Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur’ » (même chose que le ‘Sanctus’) ;
  • après l’Ascension (24, 53). C’est le point final, le dernier mot, le point d’orgue de l’évangile : « ils [les apôtres] retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient continuellement dans le Temple à louer Dieu ».

Conclusion : Ainsi on comprend mieux que Luc nous rapporte cette parole étonnante du Christ : « Il leur dit cette parabole sur ce qu’il leur fallait prier sans cesse, toujours, sans se décourager » (18, 1). Cette parabole est propre à Luc : c’est bien lui qui a mis en pleine lumière le Christ priant et l’église priante.

Cette église priante, il la montrera également dans les « Actes » : « [la première communauté] était assidue à la prière » (Ac 2, 42). C’était le conseil pressant de Paul : « Prie sans relâche » (1 Th 5, 17) :

+ Prière pour recevoir l’Esprit, premier don fait aux croyants ;

- exemple des Samaritains : « ils descendirent chez les Samaritains et prièrent pour eux, afin que l’Esprit Saint leur fût donné » (Ac 8, 15) ;

- exemple du Cénacle : « assidus à la prière » (Ac 1, 14) ;

+ Prière au Temple (Ac 4, 24 ; 10, 9 ; 12, 5 ; 13, 3).

  1. dans Paul : « Je prie ‘super excessivement’ sirepksuo»  (« abundantius orantes »), en dépassant la mesure » (1 Th 3, 10).

4/ La route de l’Esprit Saint.

Luc est le seul à nous présenter la Pentecôte. Personne ne doit s’étonner de l’insistance de Luc sur le Saint Esprit et son rôle dans nos vies, car, disciple de Paul, « nous sommes abreuvés par le Saint Esprit » (1 Co 12, 13).

Dans l’évangile de Luc lui-même, on trouve une vingtaine d’allusions : 1, 15, 35, 41, 67 ; 2, 25-27 ; 3, 16, 22 ; 4, 1, 14, 18 ; 10, 21 ; 11, 13 ; 12, 10, 12 ; 24, 49 : « Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. »

Dans les « Actes » : une centaine d’allusions. C’est l’Esprit Saint au travail dans l’église. « L’Esprit Saint et nous » (15, 28). On a appelé Luc à juste titre : ‘l’évangéliste de l’Esprit’.

Quelques aspects du Saint Esprit dans saint Luc :

    • Une présence permanente. Il est toujours là, comme l’a annoncé Jésus : « Il sera pour toujours avec vous » (Jn 14, 16). Nous risquons d’être insouciants envers cette présence qui ne nous préoccupe pas beaucoup.
    • surtout à la naissance de Jésus : « l’Esprit Saint te couvrira de son ombre » (Lc 1, 35) ;
    • lors du baptême de Jésus : « l’Esprit descendit sur lui sous forme corporelle » (3, 22) ;
    • dès la première prédication, Jésus le souligne bien pour lui-même : « l’Esprit du Seigneur est sur moi » (4, 18). « Aujourd’hui ».

* Une présence envahissante de notre être. Il occupe toute la place, tout le terrain. Pas un recoin qui ne soit à lui. Il « remplit » : le mot remplir est partout. C’est un mot-clef.

  • exemple, pour l’annonce par l’ange de la naissance de Jean-Baptiste : « il sera rempli d’Esprit Saint » (1, 15) ;
  • autre exemple pour élisabeth : « l’enfant tressaillit en elle, et elle fut remplie de l’Esprit Saint » (1, 41) ;
  • Jésus lui-même, nous l’avons vu, est « rempli de l’Esprit Saint » quand « il revient du Jourdain et est mené par l’Esprit à travers le désert » (4, 1).

Partout, Luc montre cette surabondance de l’Esprit Saint en nous. Et nous, pendant ce temps-là, nous n’arrêtons pas de mettre de nombreux ‘bémols’ à cette présence débordante.  

* Une présence puissante dans son action. Ce n’est pas un petit souffle, mais une tempête. C’est un grand vent de Pentecôte (cf. 4, 14). Mais notre foi est en veilleuse.

Jésus fait lui-même l’expérience de la puissance de l’Esprit Saint dans le désert : « Ayant épuisé toutes les tentations, le démon s’écarta de lui jusqu’au moment favorable » (4, 13), c’est-à-dire la passion. Et Luc reprend tout de suite après : « Jésus retourna en Galilée avec la puissance de l’Esprit. [...] Il enseignait partout et sa renommée se répandit dans toute la contrée » (v. 14 & 15).

Au Concile Vatican II, nous avons présenté le Saint Esprit en une centaine de grandes interventions. Nous avons osé parler ainsi : « de la puissance infinie de l’Esprit Saint qui agit dans l’église de façon continuelle » (« Lumen Gentium », fin du n° 7).

Et dans la messe, dans nos quatre prières eucharistiques, nous avons bien souligné « la puissance agissante de l’Esprit Saint » : « Afin que notre vie ne soit plus à nous-mêmes mais à lui qui est mort et ressuscité pour nous, il a envoyé d’auprès de toi, comme premier don fait aux croyants, l’Esprit qui poursuit son œuvre et achève toute sanctification » (Missel Romain, IV° Prière eucharistique).

D’autres grandes routes maîtresses sillonnent l’évangile de Luc : la joie, le témoignage, le mystère pascal, etc. Nous les retrouverons dans l’étude que nous allons faire.

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